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Missive en forme de supplique au nouveau directeur de la D.A.F.

Cher Monsieur,

Vous êtes présent dans notre joli pays de fort fort lointain depuis quelques mois maintenant. Vous avez eu l’occasion de vous émerveiller sur notre belle île, ses espaces magnifiques, son océan au bleu profond et notre population multicolore. C’est bien.

Mais il est certain que de part vos fonctions vous n’avez sans doute pas pu échapper aux sirènes des petits roitelets locaux, dont les plus puissants, et les plus efficaces, sont sans aucun doute ceux de la canne et du sucre. Ils n’ont pas du relâcher leurs efforts pour vous entourer et accompagner chacun de vos pas à la découverte des réalités agricoles de notre belle île. Car ils sont brillants les bougres !!! Ça il est certain que l’on ne peut pas leur retirer ce point !!

Et là, je dis halte ! STOP ! Prenez un grand bol d’air et plongez (si vous le voulez bien) votre regard dans notre histoire, celle des hommes et du territoire. Et surtout prenez le temps de voir d’autres manières … de voir. Et surtout, je vous en conjure, ne prenez pas pour argent comptant ce que certains ne manquerons pas de vous présenter comme des évidences. Prenez le temps. Le temps de vous forger votre propre opinion. Une opinion libre.

La Réunion est à la croisée des chemins. Des chois importants, qui nous engagerons pour les 20 à 50 ans qui viennent sont à faire. Parmi ceux-ci, un est particulièrement de votre ressort, celui de la gestion de l’espace et plus particulièrement de l’équilibre, très délicat, entre espaces agricoles, espaces naturels et espaces urbains. Cette question que nous cesse de nous poser nos partenaires extérieurs (Irlandais lors d’une conférence organisée par Qualitropic, Sud-Africains lors d’une assemblée générale de l’Agence de Développement, métropolitains lors d’un échange entre Chambres d’Agriculture) : quels choix allez-vous faire dans un espace aussi restreint ? Et surtout « Comment va se faire ce choix ? ». Qui décide ?

Car l’enjeu du lobbying dont vous êtes surement déjà l’objet est bien là. Sur le comment et sur le qui.

Je ne suis pas qualifié pour dire s’il faut sanctuariser l’espace agricole, et si c’est le cas s’il faut maintenir la filière canne en l’état au détriment des autres productions agricoles. Je ne suis pas non plus urbaniste pour dire comment organiser la ville demain. Mais ce que je crains, et j’ai de bonnes raisons pour cela, en tant que citoyen, c’est d’être privé des moyens de faire des choix pour moi et mes enfants.

Il y a de cela quelques années un petit groupe de personnes es qualité c’est réuni autour de l’inénarrable Philippe Jean-Pierre, alors directeur de l’AGORAH (dont je ventais les mérites sur le blog de Zinfos il y a quelques jours ….), et du Conseil Économique et Social pour réaliser une étude prospective sur l’évolution urbaine de La Réunion. Au final, l’un des scénaris retenus est dénommé Singapour. En gros la seule façon de composer avec la croissance de la population et la rareté du foncier, est de monter dans les étages. Adieu la petite case de plein pied et son bout de cour, et bonjour les immeubles R+4/R+5 un peu partout. Tout cela bien sûr avec comme raison sous-jacente, mais déclarée incontournable, le maintien des terres à vocation cannière et des deux usines qui y sont associées. Et comme de bien entendu, la filière était fort bien représentée au sein de ce petit groupe de ‘reflexologues’…..

A titre personnel, je pense que la canne n’est pas une fatalité à La Réunion et que faire pousser une plante dont toute la filière est subventionnée à 80% (de la production de la canne, en passant par les exploitations agricoles, les machines, les intrants, les formations, les investissements industriels défiscalisés, et enfin par le subventionnement du produit final), alors qu’elle n’est pas nécessaire à notre subsistance, n’est pas une fin en soi. D’autres plantes pourraient sans doute, peut-être, présenter un même intérêt dans la fixation des sols et l’emploi de nombreux réunionnais. Mais je ne suis pas du tout un spécialiste. Peut-être est-il même trop tard pour changer cette situation de fait. Aujourd’hui la canne a peut-être trop d’importance localement pour qu’on y change quoi que ce soit.

Mais par pitié, laissez-nous décider. C’est aux citoyens de choisir l’avenir qu’ils souhaitent. De faire des choix. Peut-être que collectivement nous préférons un habitat urbain éclaté et moins de terre à vocation cannière ? Peut-être que nous préférerions voir pousser des fruits et des légumes susceptibles d’atterrirent dans les assiettes de nos marmailles plutôt que du sucre et des produits d’importations ? Aujourd’hui nous manquons de viande bovine, d’œufs, de lait ; faute de terrain et de débouchés rentables pour les quelques courageux agriculteurs qui voudraient s’y lancer. Voulons nous continuer à faire pousser du sucre ???? Voulons nous habiter dans des immeubles tout ça pour maintenir un potentat local et historique ? Car ne nous y trompons pas, ce ne sont pas ces beaux messieurs de Tereos ou des grandes exploitations agricoles qui nous rejoindrons dans nos clapiers !!!

La question de l’espace est une question centrale pour notre avenir, celui du vivre ensemble. Qu’il y ait des antagonismes, des avis contraires, des intérêts ; rien que de très normal en démocratie. Mais de grâce, puisque justement nous sommes en démocratie, enfin en République (et que vous êtes justement l’un des représentants de cette République une et indivisible), laissez nous faire des choix !!! Que vous, nos élus, nos chercheurs, nos personnalités éclairent nos choix, qu’ils nous informent et qu’au final ils nous laissent décider.

Ne nous privez pas de notre avenir par des décisions prisent en conclave sous la pression de quelques uns qui auront toujours tendance à vous présenter ce qui sert leur intérêt comme ce qui sert le bien commun alors que le commun justement, moi, nous, n’a pas été consulté.

Sur ce, bienvenu chez nous.

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Rétroliens/Pings

  1. Canne quand tu nous tiens !!! | Abominablog - 11 septembre 2012

    […] qui s’est construite petit à petit (et qu’ils ont concouru à façonner – voir mon courrier adressé au nouveau directeur de la DAF). Qu’ils cherchent à protéger leur situation de […]

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